Cette nuitée avec la jeune Allemande et le danois présents dans le dortoir a été réparatrice, ne me demandez pas pourquoi.
Me voilà fin prêt pour affronter cette chaude journée de trajet. Nous décidons de partir sans manger, prenons un taxi pour aller à l’arrêt de bus. Un gentil petit Népalais (pléonasme) nous conduit dans son tacot en zigzagant à travers les voitures, les scooters, les motos, les piétons, les chiens et les vaches.
Une fois sur place, un monsieur nous accoste et nous demande où l’on souhaite aller, nous lui disons Besishahar et il rétorque qu’il n’y a pas de problème. Nous sautons dans le minibus et partons immédiatement en direction du village.
Cinq minutes plus tard, il s’arrête dans un étrange cimetière de bus, dont le sol est jonché de bouteilles plastiques écrasées. Un homme s’affaire à toutes les récolter dans un grand sac.Le chauffeur nous explique que c’est le check point des bus ici, passage obligatoire pour prendre la route.
Il est 7h du matin, les mécaniciens changent une pièce dans le moteur et fixent la roue avant droite.Nous repartons, nous sommes toujours seuls dans le bus. À notre grand étonnement, nous retournons sur nos pas en direction de la place où nous avons justement pris le bus.
Quelques personnes commencent à rentrer et de nombreux hommes regardent cette roue avant droite, sans que nous sachions pourquoi, elle est l’objet de toutes les convoitises ce matin.
Cela fait maintenant plus d’une heure que nous attendons dans le bus. Il se rempli au fur et à mesure que la matinée avance. Vers 9h nous partons, le bus bondé de monde et d’affaires qui débordent de tous les côtés du toit. Le chauffeur a décidé d’entasser toutes les vieilles dames dans le fond du bus.
C’est parti, nous avons cent soixante dix kilomètres pour découvrir le Népal en bus. Nous avançons lentement, très lentement. Après deux heures et demi nous avons fait dix kilomètres. L’équivalent d’une vitesse de marcheur en montagne ! D’ailleurs nous nous faisons très souvent doubler par des Népalais… à pied, sur la route.
Nous faisons une pause et nous nous rafraîchissons un peu.Le trajet continue, la route est dégagée et nous roulons enfin à bonne allure. Quelques minutes plus tard, le fameux pneu avant droit éclate. Le chauffeur s’arrête, le change, il y avait décidément bien un problème de roue.
Vers midi, nous déposons quelques personnes et continuons le trajet. Il fait chaud, mais l’enjouement des Népalais est réjouissant et fait passer le temps. Personne ne se connaissait quelques heures plus tôt et maintenant tout le monde discute et s’amuse ensemble. Pour retisser des liens sociaux, il suffit de supprimer la technologie et de devenir pauvre. Devenons pauvres ! Toute cette pauvreté fait plaisir à voir.
Vers 16h, nous arrivons au point de départ de la marche : Besishahar. Nous achetons à manger et décidons d’aller visiter un temple non loin de là. En une minute le temps change et le soleil laisse place à la pluie puis à la grêle, et la chaleur à la fraîcheur. Nous faisons demi-tour et allons nous mettre à l’abri. Il pleut fort, l’orage gronde, il se rapproche et nous survole de longues minutes. À vrai dire, cela est plaisant tant il a fait chaud aujourd’hui.
Nous écoutons la grêle tomber, la ville est au ralenti, tout le monde se carapaçonne et l’électricité se coupe.
La lueur des éclairs illumine la chambre de temps à autre, le vent souffle fort, les portes claquent, par la fenêtre nous voyons tomber des roches, puis des paniers, puis des tôles, puis des serviettes, puis des sacs plastiques.
Quel drôle de temps ici, il en tombe des choses étranges !
